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Tanjia
Une jarre fermée, des heures dans les cendres du hammam : la viande confite de Marrakech.
Tanjia : qu’est-ce que c’est ?
La tanjia (on écrit aussi tangia) est la grande spécialité de Marrakech. Le mot désigne à la fois une jarre en terre cuite à deux anses, au col étroit, et le plat qui y cuit : de la viande, le plus souvent du jarret de bœuf, parfois du veau ou de l’agneau, enfermée avec du smen, des citrons confits, beaucoup d’ail, du cumin et du safran. Le col est fermé d’un papier ficelé, et la jarre cuit des heures à chaleur douce, sans jamais être ouverte.
Selon la tradition marrakchie, la tanjia est un plat d’hommes : préparée par les artisans et les commerçants de la médina, elle était confiée au foyer du hammam du quartier, qui chauffe l’eau des bains, et cuisait toute une journée ou toute une nuit dans ses cendres chaudes. Le résultat est une viande confite, qui se détache de l’os, dans un jus court, doré et très parfumé, que l’on sauce avec du pain.
Sans légumes ni sauce élaborée, la tanjia se distingue du tajine, avec lequel on la confond souvent. Elle se prépare aujourd’hui aussi au four domestique, en jarre ou en cocotte.
Histoire & origine
La tanjia est indissociable de Marrakech, où elle est considérée comme le plat de la ville par excellence. Comme beaucoup de plats populaires transmis par l’usage, elle n’a ni inventeur connu ni date de naissance : on sait seulement qu’elle appartient à une tradition urbaine ancienne, liée à la vie de la médina, de ses souks et de ses hammams.
La tradition en fait un plat d’hommes. On raconte que les artisans, les commerçants des souks ou les hommes vivant seuls (d’où son surnom de « plat des célibataires ») préparaient leur jarre le matin, parfois avec l’aide de leur boucher, qui y mettait la viande et les épices. La jarre, fermée d’un papier ficelé, était ensuite portée au foyer du hammam du quartier, souvent appelé fernatchi ou fournatchi, où l’on brûle le bois qui chauffe l’eau des bains. Enfouie dans les cendres chaudes, elle cuisait de longues heures, et son propriétaire venait la récupérer pour le repas. La tanjia accompagnait aussi, selon les récits, les sorties entre amis dans les jardins, la nzaha.
Ce mode de cuisson explique le caractère du plat : une chaleur douce, régulière et prolongée, dans un récipient fermé, qui confit la viande dans sa propre graisse et son jus sans la faire bouillir. Le smen, beurre clarifié salé et affiné, et le citron confit, deux conserves de la cuisine marocaine, donnent à la tanjia son goût puissant, relevé de cumin et de safran.
Aujourd’hui, la tanjia se déguste dans les échoppes de la médina de Marrakech, notamment aux abords de la place Jemaa el-Fna, et se prépare de plus en plus au four domestique. Les communautés marocaines l’ont fait connaître en France, où elle reste moins répandue que le tajine ou le couscous.
Le mot tanjia désigne à la fois la jarre en terre cuite et le plat qui y cuit. Selon la tradition, la jarre cuisait dans les cendres du foyer qui chauffe l’eau du hammam. Le col de la jarre est fermé d’un simple papier, serré par une ficelle, et souvent percé de quelques trous pour laisser passer la vapeur. La tanjia ne contient traditionnellement aucun légume : seulement de la viande, des épices, du smen, de l’ail et du citron confit. En arabe dialectal marocain, le cumin, très présent dans la tanjia, se dit kamoun.
Composition traditionnelle
Une viande à longue cuisson enfermée dans une jarre avec du smen, des citrons confits, de l’ail et des épices, cuite à l’étouffée dans son propre jus.
2
Smen
beurre clarifié salé et affiné, qui donne le goût caractéristique Voir la fiche →
3
Citron confit
en quartiers, pour l’acidité et l’amertume douce Voir la fiche →
4
Ail
en grande quantité, écrasé et en gousses entières Voir la fiche →
7
Pain
pain rond marocain, servi à côté pour saisir la viande et saucer Voir la fiche →
Tanjia marrakchia
Jarret de bœuf cuit 4 h 30 au four dans une jarre fermée avec smen, citron confit, ail, cumin et safran, jusqu’à devenir confit : la tanjia de Marrakech pour 4 personnes, servie avec du pain marocain.
- Temps total
- 5 h 10
- Difficulté
- Facile
- Portions
- 4 pers.
- Coût / pers.
- ≈ 4,90 €
Le matériel pour réussir la tanjia
Ustensiles utilisés dans la recette Tanjia marrakchia.
- Jarre à tanjia en terre cuite de 3 à 4 litres (ou cocotte en fonte de 4 litres avec couvercle) Acheter Cocotte sur Amazon (lien affilié)
- Papier sulfurisé et ficelle de cuisine (pour fermer la jarre)
- Grand saladier (pour enrober la viande) Acheter Saladier sur Amazon (lien affilié)
- Couteau de chef (pour parer la viande) Acheter Couteau de cuisine sur Amazon (lien affilié)
- Planche à découper réservée à la viande crue Acheter Planche à découper sur Amazon (lien affilié)
- Couteau d’office (pour couper les citrons confits) Acheter Couteau de cuisine sur Amazon (lien affilié)
- Presse-ail
- Petit bol (pour infuser le safran) Acheter Saladier sur Amazon (lien affilié)
- Petite casserole (pour réduire le jus) Acheter Casserole sur Amazon (lien affilié)
- Pince de cuisine Acheter Pince de cuisine sur Amazon (lien affilié)
- Gants de cuisine épais (la jarre sort brûlante)
- Grand plat creux de service
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Conseils de réussite
- Choisir un morceau riche en tissus nerveux, comme le jarret, et garder l’os.
- Doser le smen avec mesure : il est très puissant.
- Rincer les citrons confits pour éviter un plat trop salé.
- Mettre peu d’eau : la viande doit confire, pas bouillir.
- Cuire à chaleur douce, 150 °C au plus, pendant plusieurs heures.
- Enfourner une jarre en terre cuite à froid pour éviter qu’elle ne fende.
Erreurs fréquentes
- Cuisson trop vive La viande se resserre et sèche au lieu de confire.
- Trop d’eau On obtient un bouilli au jus clair, sans la concentration attendue.
- Plat trop salé Smen et citrons confits sont salés : saler seulement en fin de cuisson.
- Morceau trop maigre Sans collagène, la viande devient filandreuse et le jus reste maigre.
Variantes
La version la plus répandue à Marrakech, au jarret avec l’os.
Plus douce et un peu plus rapide à cuire, souvent au jarret de veau.
À la souris ou à l’épaule d’agneau, plus riche et plus parfumée.
Des pois chiches ajoutés dans la jarre, qui s’imprègnent du jus au smen.
Une cocotte en fonte bien fermée remplace la jarre, 4 h 30 à 150 °C.
8 heures en position basse, avec moins d’eau, puis le jus réduit en casserole.
Une heure sous pression, puis 10 minutes à découvert pour réduire le jus.
Adaptations par appareil
Seuls les appareils réellement pertinents pour ce plat sont affichés.
Comparaisons utiles
Conserver et réchauffer
- 3 jours au réfrigérateur, en boîte fermée, une fois refroidie.
- Ne pas laisser le plat plus de 2 heures à température ambiante.
- Le jus fige au froid à cause du smen et redevient liquide en chauffant.
- RéchauffageÀ couvert, à feu doux ou au four à 140 °C, avec 2 à 3 cuillerées d’eau, jusqu’à ce que la viande soit chaude à cœur et que le jus redevienne liquide.
- Congélation3 mois en boîte hermétique, viande et jus ensemble. Décongeler une nuit au réfrigérateur et réchauffer doucement avec un peu d’eau.
Tanjia à Paris : les meilleures adresses
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Repères, techniques, histoire et vocabulaire pour tout savoir sur tanjia.
À quoi reconnaître un plat réussi ?
- Viande confite, qui se détache seule de l’os et se défait à la fourchette.
- Jus court, doré et brillant, ni aqueux ni brûlé.
- Parfum net de cumin, de smen et de citron confit, sans excès de sel.
- Gousses d’ail entières devenues fondantes.
- Citrons confits presque dissous dans le jus.
- Aucune sécheresse ni fibre dure sous la dent.
Techniques
Cuire la viande dans un récipient fermé, avec très peu de liquide, dans sa propre vapeur.
Cuire longuement à basse température dans la graisse et le jus, jusqu’à ce que la viande se défasse.
Fermer le col de la jarre d’un papier ficelé et percé pour garder la vapeur.
Faire tremper les pistils dans un peu d’eau tiède pour libérer leur couleur et leur arôme.
Masser les morceaux avec le smen et les épices pour un assaisonnement régulier.
Concentrer le jus de cuisson à feu moyen jusqu’à ce qu’il nappe.
Alternatives
Ragoût marocain mijoté sous un couvercle conique, souvent avec légumes ou fruits.
Jarret de veau braisé avec son os, à la milanaise.
À la souris ou à l’épaule d’agneau, plus riche.
Plus douce et plus rapide à cuire.
Chronologie
Service & accords
La tanjia se sert chaude, en plat principal, versée de la jarre dans un grand plat creux posé au centre de la table. Comptez environ 300 g de jarret avec l’os et 100 g de pain par personne. Traditionnellement, on la mange avec la main droite, en saisissant la viande avec un morceau de khobz.
Au restaurant : à Marrakech, elle se déguste dans les échoppes de la médina, notamment autour de la place Jemaa el-Fna ; en France, elle figure à la carte de certains restaurants marocains, souvent sur commande.
À la maison : c’est un plat de week-end très peu exigeant, qui cuit seul au four et se transporte dans sa jarre fermée, à la manière des sorties d’autrefois dans les jardins de Marrakech.
Sans alcool : le thé vert à la menthe, servi chaud et peu sucré, accompagne traditionnellement la tanjia et allège la richesse du smen.
Rouge : un rouge souple et épicé, côtes-du-rhône ou rouge du Maroc, aux tanins fondus, qui s’accorde avec le cumin.
Rosé : un rosé de Provence bien frais, qui répond à l’acidité du citron confit.
Anecdotes
- Selon les récits, chaque propriétaire reconnaissait sa jarre parmi celles du foyer du hammam grâce à un signe sur le papier ou à sa ficelle.
- Dans la médina de Marrakech, on raconte que certains bouchers préparaient eux-mêmes la jarre de leurs clients, viande et épices comprises.
- La jarre de la tanjia se vend dans les souks de potiers, à côté des tajines et des plats en terre cuite.
Lexique
- Tanjia
- Jarre en terre cuite à deux anses et au col étroit, et plat de viande qui y cuit.
- Marrakchia
- « De Marrakech » : la tanjia marrakchia est la version de référence de la ville.
- Fernatchi
- Foyer qui chauffe l’eau du hammam, dans les cendres duquel cuisait la tanjia ; on écrit aussi fournatchi.
- Smen
- Beurre clarifié salé et affiné, au goût puissant, matière grasse de la tanjia.
- Kamoun
- Nom du cumin en arabe dialectal marocain, épice dominante de la tanjia.
- Khobz
- Pain rond marocain, servi avec la tanjia pour saisir la viande et saucer.
- Nzaha
- Sortie conviviale dans un jardin ou à la campagne, où l’on emportait volontiers une tanjia.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la tanjia ?
C’est la grande spécialité de Marrakech : de la viande, le plus souvent du jarret de bœuf, cuite des heures dans une jarre en terre cuite fermée, avec du smen, des citrons confits, de l’ail, du cumin et du safran. Le mot désigne aussi la jarre elle-même. La viande devient confite et se mange avec du pain.
Quelle différence entre tanjia et tajine ?
Le tajine est un plat creux à couvercle conique, où mijote un ragoût, souvent avec des légumes ou des fruits. La tanjia est une jarre haute au col étroit, fermée d’un papier, où la viande cuit seule avec ses épices, beaucoup plus longtemps, jusqu’à confire. Le tajine se cuisine dans tout le Maroc, la tanjia est d’abord marrakchie.
Pourquoi la tanjia cuisait-elle au hammam ?
Selon la tradition, les jarres étaient confiées au foyer du hammam du quartier, où brûle le feu qui chauffe l’eau des bains. Enfouies dans les cendres chaudes, elles profitaient d’une chaleur douce et régulière pendant de longues heures, idéale pour confire la viande sans surveillance ni combustible supplémentaire.
Pourquoi dit-on que la tanjia est un plat d’hommes ?
Parce que, selon la tradition marrakchie, elle était préparée par les hommes, artisans, commerçants des souks ou célibataires, plutôt qu’à la maison. Simple à assembler le matin, elle cuisait seule au hammam et se partageait entre amis, notamment lors des sorties dans les jardins. Aujourd’hui, chacun la prépare.
Quelle viande pour la tanjia ?
Le jarret de bœuf avec son os est la viande la plus courante : ses tissus nerveux fondent pendant la longue cuisson et donnent un jus nappant. Le jarret ou la souris de veau, la souris ou l’épaule d’agneau conviennent aussi. Il faut éviter les morceaux maigres à griller, qui se dessèchent.
Peut-on faire une tanjia sans jarre ?
Oui : une cocotte en fonte bien fermée, avec une feuille de papier sulfurisé sous le couvercle, donne d’excellents résultats au four à 150 °C, en 4 h 30 environ. La jarre en terre cuite apporte une chaleur plus douce et un côté traditionnel, mais elle n’est pas indispensable.
Avec quoi manger la tanjia ?
Avec du pain marocain, le khobz, qui sert à saisir la viande et à saucer le jus : c’est l’accompagnement traditionnel. À Marrakech, on la sert souvent avec un thé à la menthe, et parfois des olives ou une petite salade. Une salade de tomates et d’oignons apporte de la fraîcheur à ce plat riche.